Entre la fin du 19ème et le début du 20ème siècle, dans le Vermont, 50 ans de la vie totalement atypique d'Agnès Dempster. A 16 ans, elle quitte la riche ferme familiale pour la petite ville de Montpelier (toujours aux Etats Unis) où elle rencontre Frank Holt, un tailleur de pierres, dont elle tombe amoureuse. A travers cet amour, bientôt son unique raison de vivre, Agnès pense parvenir à canaliser son lourd passé, ses peurs et ses fragilités mais elle le vit de façon si démesurée que le drame ne tarde pas à arriver ...
Jamais entendu parler avant de ce roman pourtant considéré, d'après la 4ème de couv, comme un grand classique de la littérature amoureuse. C'est
Pascale, dont je lis tous les avis ciné, qui me l'a conseillé avec l'enthousiasme qui la caractérise et donc, ni une ni deux, pas vraiment de questions à se poser, je me le suis procuré sans rien en savoir! Après, c'est vrai qu'au vu du titre et du résumé, j'ai cependant eu un petit moment d'inquiétude, ayant peur de me coltiner une bluette à l'eau de rose sur presque 800 pages, quand même ! Mais bon, je me suis dit que Pascale n'avait pas pu me faire ça !!! Effectivement, non ... toute ma confiance lui reste donc acquise !
;-)
Et le titre, un peu étrange, trouve sa pleine justification à un endroit très précis du récit ...
J'ai appris ensuite que ce livre était parti d'un fait divers arrivé aux Etats Unis au XIX ème siècle, qu'il avait été écrit en 1983, qu'il était paru en France en 1985, que depuis, il était régulièrement réédité et c'est une bonne chose car je ne regrette pas une seconde de l'avoir découvert et je ne suis pas prête d'oublier, je crois, le personnage d'Agnès Dempster.
Une héroïne tragique au sombre destin, loin, bien loin de la mièvrerie malgré une certaine naïveté, une personnalité hors du commun qui ne peut laisser indifférent. Car au bout de 50 années traversées à ses côtés, au cours desquelles le lecteur aura ressenti à son égard tout autant l'irritation et la lassitude que la compassion, la tristesse ou l'incompréhension, et bien d'autres sentiments encore, il ne peut que lui être attaché. Et si l'on reste toujours au plus près d'Agnès et de ses moindres pensées, jusqu'à se trouver parfois quasiment comme dans sa tête, on découvre aussi tout autour un univers foisonnant, celui de la vie aux Etats Unis à cette époque là et son évolution avec le passage au xx ème siècle. Le milieu rural, le monde ouvrier des petites villes avec ses pensions de famille tels de véritables microcosmes, les convenances et les préjugés de l'époque, la naissance de la psychanalyse et du journalisme moderne et bien d'autres aspects encore sont habilement évoqués. Je ne veux pas tout aborder pour ne pas trop déflorer la descente aux enfers d'Agnès autour de laquelle gravitent beaucoup de personnages "secondaires" très intéressants, à la psychologie tout aussi fouillée qui les fait vraiment exister et qui donne également toute sa richesse et sa profondeur à l'histoire.
Bref un grand roman psychologique, dans un contexte passionnant, qui démarque clairement Agnès des héroïnes tourmentées des soeurs Brontë, par exemple, auxquelles elle m'a fait pourtant penser par son romantisme désespéré.
Un billet, marrant et très enthousiaste : celui de
Critica, qui en dit néanmoins plus que moi !
Et puis, les billets d'
Adeline et de
Clara (qui en dévoile plus également.)
Aifelle prépare une lecture commune de ce titre (à cause de la même Pascale) pour le 12 avril !