vendredi 28 mars 2014

Le soldeur (Michel Field)

















Le narrateur, lecteur impénitent et bibliophile averti, décide de se débarrasser de quelques ouvrages qui n'ont plus grand intérêt et les apporte chez un soldeur spécialisé. Là, il flashe sur une jeune femme, mystérieuse, qui attend son tour en lisant. Il demande à la revoir, celle-ci accepte à la condition qu'il accepte l'étrange contrat qu'elle lui propose et qui va l'amener à se dessaisir petit à petit de ses livres les plus précieux...

Autant le dire tout de suite, on comprend très vite que le narrateur en question n'est autre que Michel Field lui-même et que l'intrigue, plus mince qu'un "Que sais-je, n'est qu'un prétexte. S'ensuit un long texte sur l'amour absolu des livres, la place qu'ils prennent dans la vie de tout grand lecteur, le rapport que l'on entretient avec chacun d'eux car beaucoup nous semblent uniques, liés à un souvenir, des circonstances précises et nous considérons certains comme de véritables trésors...
En de longues digressions, l'auteur aborde une multitude de sujets qui vont de l'organisation physique d'une grosse bibliothèque et des dilemmes posés par l'adoption d'un mode de classification aux sacrifices consentis pour s'offrir telle ou telle édition ou aux partages et discussions enfiévrées que certains opus ont généré. En revisitant ses innombrables rayonnages, Michel Field traite de thèmes aussi variés que la philosophie, la cuisine, l'érotisme, l'art, la politique, le féminisme, la grammaire, la langue... et nous livre ainsi un peu de sa vie, de ce qui l'a construit au fil (field ?) d'une logorrhée si brillante qu'elle en devient étourdissante. Ne possédant pas moi-même, en effet,  une telle érudition, je me suis sentie quelquefois un peu larguée, ne saisissant pas à leur juste valeur certainement des références très pointues et même, je dois bien l'avouer, je me suis trouvée par moments à la limite de l'ennui.
Reste que le Soldeur est tout de même passionnant et qu'il ne pourra que donner envie aux lecteurs compulsifs que nous sommes aussi, nous interpellant cependant sur ce que cache ce besoin dévorant, cette accumulation perpétuelle :  nous font-ils accéder à une plus grande liberté ou nous aliènent-ils, finalement ?

Extraits qui ne pourront que vous parler : 

"Les nouvelles technologies portaient en elles un risque d'addiction ? La belle affaire ! Le livre, en ce domaine, lui paraissait autrement puissant."

"Il y a du Don Juan dans tout grand lecteur, en quête effrénée d'une aventure à peine une autre terminée... quand il n'en mène pas plusieurs de front !"

"Il en est ainsi de certaines lectures comme de certaines rencontres : rendues impératives par un contexte pressant, qu'on oubliera très vite, rien ne paraît plus urgent que les réaliser."

"Libère-t-on de soi quand on se libère des livres qui vous ont fait soi ? Leur présence aide-t-elle à vivre, ou empêche-t-elle de vivre ? Une bibliothèque est-elle ouverture au monde ou forteresse assiégée ? Le livre, un baptême, ou une épitaphe ?"

Lisez aussi le billet de Cultur'elle pour qui c'est un énorme coup de coeur...

P.S : j'allais oublier... quelle merveilleuse couverture, non ?



20 commentaires :

  1. Très bon choix de couverture en effet. Mais je ne sais pas si j'ai envie de me pencher sur les avis de Michel Field sur ses lectures, j'ai déjà assez à faire avec les miennes ;-)

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    1. Effectivement, c'est une façon de voir les choses ! ;-)

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  2. La couverture est magnifique :-) et les extraits que tu as cités sont très parlants.

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  3. Un texte magnifique, qui parlera à tous les amoureux des livres !

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    1. Je l'ai trouvé malgré tout un peu long par moments...

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  4. Pas vraiment tentée par une fiction autour du livre et de la lecture.... Et si en plus, il faut une certaine culture....

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    1. Pour de la fiction, ça n'en est quasiment pas, comme je le dis, l'argument de départ ne sert vraiment que de prétexte ! Quant à la culture, c'est peut-être moi qui suis trop juste pour l'avoir apprécié pleinement...

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  5. Je ne suis pas tant attachée à mes livres que ça, une fois lus... et me moque un peu de savoir si ma bibliothèque me représente ou pas. Je ne suis pas sûre d'accrocher à ce texte.

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    1. Décidément, alors que j'en avais tant envie que je n'ai pas su résister et l'ai acheté, j'ai l'impression qu'il ne soulève pas les foules de blogueuses !!! ;-)

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  6. J'avoue avoir un peu de mal avec la thématique du lecteur compulsif accro aux livres. Je ne doute pas qu'il soit traité ici avec talent, mais cette posture, que l'on rencontre d'ailleurs souvent sur les réseaux sociaux consacrés aux livres, m'énerve un peu. A priori, nous sommes tous plus ou moins des lecteurs boulimiques... Ceci posé, on peut parler de livres, mais de leur contenu, et non de qui-en-a-lu-le-plus. Ce qui n'empêche pas de s'interroger sur son propre rapport à la lecture. Mais à chacun son histoire.
    Sinon, j'ai hâte de découvrir ton avis sur Je n'ai pas peur !
    A bientôt donc

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    1. Je ne pense pas qu'il soit dans cette posture de poseur de "qui en a lu le plus " ! Je ne l'ai pas ressenti en tout cas comme étant le fond de son propos, d'ailleurs à un moment il se demande lui-même si sa bibliothèque imposante de philosophe ( n'oublions pas qu'il l'a étudiée à fond et qu'il a été professeur) dans l'entrée de son appart ne fait pas un peu frimeur, oui ! ;-)
      Moi ça m'intéresse toujours un peu quand même ( bien que, je m'en rends compte, moins qu'avant) de savoir le rapport à la lecture et aux livres d'autres personnes...
      J'ai cherché et commencé Je n'ai pas peur à cause de toi ( jamais entendu parler avant) et j'avoue que j'ai beaucoup de mal à le lâcher...
      A bientôt oui ! ;-)

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    2. J'imagine bien en effet que Michel Field n'est pas dans cet état d'esprit. C'était plutôt une association d'idées... et peut-être un manque d'envie de ma part d'aller vers ce type de sujet ?
      A - très - bientôt, si je comprends bien ; - ))

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    3. Oui, je pense que ça ne saurait tarder ! :-)

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  7. Il me tente surtout depuis que j'ai entendu en parler au Salon du livre de Paris. ses réflexions sur les bibliothèque m'ont fortement intéressée.

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  8. Déjà que l'auteur ne me tentait pas. Alors après ce que tu en dis...

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    1. Hé ho les filles, mon but n'est pas de vous en dégoûter non plus, hein ! ;-)

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  9. J'attends qu'il croise ma route mais sans urgence.

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